Triestiana, en coédition avec les Éditions de l’éclat, publie, en langue française, des recueils et des anthologies poétiques qui attestent l’extraordinaire vitalité littéraire et linguistique de Trieste et de sa région.
Entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest, jadis entre Byzance et le pouvoir carolingien, est Trieste, Triest ou Trst, qui incarna la réalité multiple de l’empire austro-hongrois. Comment définir la littérature triestine, sinon par ce visage pluriel, d’une étonnante richesse, par son « identité de frontière », selon l’expression d’Angelo Ara et Claudio Magris ?
Cette littérature éclot paradoxalement en exil, à Florence, en 1909, sous la plume de Scipio Slataper, dans les pages de la revue La Voce, puis avec le splendide Piccolo canzoniere in dialetto triestino de Virgilio Giotti, dont les vers « petits et tristes », amoureux, sont édités en 1914, quand, bientôt, nombre d’auteurs de Vénétie Julienne fuient la conscription autrichienne, voire s’engagent dans l’armée italienne.
Sans nostalgie pour les divisions territoriales d’antan, cette littérature s’étend des anciens comtés de Gorizia et Gradisca, jusqu’au littoral aujourd’hui slovène et croate de l’antique Histria, depuis les dissentiments préludant à la Première Guerre mondiale jusqu’à nos jours. Elle s’écrit tantôt en italien, tantôt en dialecte : le triestino de Virgilio Giotti, le graisan de Biagio Marin ou le rovignese de Ligio Zanini. C’est pourquoi il est aussi essentiel de publier de tels volumes en version bilingue.
Riche d’échos vénitiens, slaves, austro-allemands, comme d’hellénismes et de latinismes, ces dialectes, d’une saisissante souplesse, se révèlent aptes à unir la vie et le vers. Ils ne sont pas, Pier Paolo Pasolini y insistait, langues secondaires, mais absolues, à l’occasion corrigées pour répondre aux exigences de la littérature. Chaque poème nous met ainsi à l’écoute d’une langue autre, étrangère, et parfois originelle, comme si les choses y étaient nommées pour la première fois.